Une intervenante en réduction des méfaits explore les complexités dangereuses et méconnues de la crise des opioïdes.
Charlene a une expérience globale des dépendances : elle a elle-même consommé des opioïdes, elle a perdu des êtres chers à la suite d’une surdose d’opioïdes et elle est devenue cadre dans une organisation qui contribue à la réduction des méfaits.
« La dépendance ne fait pas de discrimination, dit-elle. Elle touche tous les milieux, toutes les cultures, tous les niveaux d’éducation. »
Elle parle d’un ami très cher qui a été confronté à la « combinaison parfaite » de circonstances qui ont entraîné sa mort à la suite d’une intoxication accidentelle aux opioïdes.
« En 2023, j’ai perdu mon meilleur ami âgé de 22 ans, dit-elle. Il avait sa propre entreprise. Il avait du succès. Il avait une fille, c’était le voisin idéal, mais à cause de la COVID, il a perdu son emploi. De plus, on lui a diagnostiqué une maladie chronique ». Sans revenus fiables et accablé de douleurs causées par sa maladie, son ami a commencé à prendre des opioïdes, mais, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, l’une de ses doses contenait une quantité mortelle de fentanyl.
Au cours des cinq dernières années seulement, la quantité de fentanyl présente dans l’approvisionnement illicite d’opioïdes et d’autres drogues est montée en flèche, mettant en danger de nombreuses personnes. « C’est incroyablement dangereux aujourd’hui », déclare Charlene. Nombreuses sont les personnes qui ont payé le gros prix, qu’il s’agisse de celles qui cherchent à s’en sortir, comme l’ami de Charlene, ou de celles qui décident d’essayer une drogue récréative, ne serait-ce qu’une fois.
« La sensibilisation est essentielle pour sauver des vies et briser les mythes, ajoute-t-elle. Je pense qu’il est naturel d’accuser les gens en affirmant que s’ils n’avaient pas pris de drogues, ils n’auraient pas perdu leur maison ou il ne leur serait pas arrivé ceci ou cela, mais ce n’est pas ça qui compte. Il s’agit plutôt d’une douleur qui se manifeste chez la personne et, tout comme la dépendance, la douleur ne fait pas de discrimination. »
La douleur et l’adaptation sont des sujets complexes; elles sont étroitement liées à la complexité de la consommation abusive d’opioïdes et de la dépendance. Il ne s’agit pas d’un simple « problème de rue ». Cela peut arriver à n’importe qui, n’importe où. « De nos jours, fumer quelque chose qui a été acheté dans la rue peut être tout aussi risqué que la consommation de drogues par voie intraveineuse », déclare Charlene.
Bien que la situation puisse paraître sombre, nous pouvons faire énormément de choses. En plus de la sensibilisation et de la lutte contre la stigmatisation, Charlene estime que « le fait d’avoir, par exemple, de la naloxone, des possibilités et des programmes est aussi porteur d’espoir ». Charlene, qui est elle-même en rétablissement depuis 18 ans, gère au quotidien une organisation contribuant à la réduction des méfaits qui reçoit 10 000 appels par mois, tout en faisant sans relâche la promotion et la mise en œuvre d’une sensibilisation communautaire essentielle.